Malgré sa suppression des classifications médicales à la fin des années 80, l'hystérie continue de menacer les femmes. Elle n'est pas seulement cantonnée à l'injure dans le monde politique, elle continue à être diagnostiquée sous d'autres formes (schizophrénie, trouble de la personnalité histrionique, trouble borderline, bipolaire...) et à être pointée du doigt par des avocats dans les tribunaux. A partir de nombreux cas, la journaliste et documentariste Pauline Chanu explore dans son essai Sortir de la maison hantée la fonction de l'hystérie, sa persistance et ses conséquences jusqu'à aujourd'hui. Quant à la chercheuse Adèle Yon, elle livre dans son ouvrage Mon vrai nom est Elisabeth le fruit de son enquête sur son arrière-grand-mère, diagnostiquée schizophrène, et internée sous contrainte de 1950 à 1967 à l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais (Loiret), où elle y subit une terrible lobotomie.
Voici les 15 idées que je retiens de leur enquête :
1. La peur d'être "folle" en partage
2. Des lignées de femmes hantées
3. Des femmes qui dérangent, qui débordent, qu'il faut recadrer
4. Les femmes hystériques sont les sorcières d'hier
5. L'hystérie, miroir de la peur des hommes
6. Les femmes, et leur utérus, doivent être contrôlés
7. L'hystérie a pour fonction de disqualifier la parole des femmes
8. “Les maris, les pères, les frères et les médecins sont complices”
9. L'hystérie invisibilise les violences sexuelles et sexistes
10. Quand la voix est confisquée, c'est le corps qui parle
11. L'hystérie prive les femmes de leur agentivité et dépolitise leurs revendications
12. L'hystérie, un argument pour justifier la violence en vers les femmes
13. La lobotomie, un outil de reprogrammation sociale des femmes
14. La colère des femmes en héritage
15. L'enquête comme porte de sortie
1. La peur d'être "folle" en partage
L'enquête d'Adèle Yon commence par la peur. La peur d'être "folle", à son tour, comme son arrière grand-mère Elisabeth, surnommée Betsy par sa famille. Son arrière grand-mère a été diagnostiquée schizophrène et internée sous contrainte pendant 17 ans, de 1950 à 1967, à l’hôpital psychiatrique de Fleury-les-Aubrais dans le Loiret où elle y a subi une lobotomie. La folie de Betsy se traduisait notamment par des émotions et des réactions fortes dans ses relations interpersonnelles, dont des colères noires. Or, Adèle Yon est, elle aussi, une femme en colère. Sans comprendre le plus souvent pourquoi.
L'inquiétude, l'angoisse commencent alors à poindre. Serait-ce un signe que la maladie mentale la guette, ou l'affecte déjà ? Il faut dire que les membres de sa famille les avertissent, Adèle et toutes les autres jeunes femmes de la famille, sur ce risque qui plane sur leur tête. Toutes vivent avec cette angoisse d'hériter de la maladie mentale de Betsy, et de devenir à leur tour schizophrène. "La peur que ce soit logé en moi, comme il était logé en mon arrière grand-mère, le gène baladeur responsable de tant de maux" (AY,282).
Face à cette peur, partagée par de nombreuses femmes qui comptent une ou plusieurs aiëules folles dans leur famille, Adèle Yon et Pauline Chanu nous invitent à l'interroger : que cache-t-elle ? D'où vient-elle ? Qui a intérêt à la maintenir vivace dans les récits et nos esprits ? Pour mieux comprendre ce qui lui arrive, Adèle se met alors à enquêter sur l'histoire d'Elisabeth.
2. Des lignées de femmes hantées
Au cours de ses recherches, Adèle Yon est interpellée par la figure du double fantôme féminin qu'elle repère dans de nombreux films de cinéma, notamment Rebecca (1940) réalisé par Hitchcock. Un "double fantôme féminin", c'est lorsqu’un personnage féminin, qui est le personnage principal de l'histoire, est hanté par une autre femme. Le personnage principal doit alors se confronter à ce double fantôme pour se construire🔗. Ce double fantôme semble apparaître comme un avertissement, un contre-exemple de ce qu'il ne faut pas faire, ce qu'il ne faut pas devenir en tant que femme. Betsy est le double fantôme d'Adèle, de ses tantes, de ses cousines. Betsy est le "spectre brandi pour nous empêcher de faire certaines choses, quand la famille considère qu'on a des comportements à risque🔗". Adèle fait partie d'une lignée de femmes hantées, hantées par Betsy.

La hantise est un concept psychanalytique. La hantise, c'est quand une personne est envahie, pourchassée par une histoire, un drame, une souffrance dont elle n'a pas connaissance ou partiellement, et qui n'a donc pas été reconnue et assimilée par les membres de la famille. Pour les psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok, "le “fantôme” correspond [ainsi] au legs non-dit laissée par une génération à celle qui lui succède, s’exprimant alors depuis un passé refoulé[1]".
Nicolas Abraham et Maria Torok, psychanalystes
Il est certain qu'Elisabeth est un sujet tabou dans la famille d'Adèle Yon, un sujet resté secret jusqu'à maintenant. Personne ne parle d'Elisabeth, personne n'évoque son histoire, pas même ses enfants entre eux. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet”. "Ce sentiment d’effroi que nous fait éprouver le fantôme ne provient pas d’une apparition mais d’une disparition" commente l'historien Philippe Baudouin au sujet de la théorie de Nicolas Abraham et Maria Torok. "Ce qui nous hante, c’est le manque, l’oubli. Quelque chose à quoi il faut redonner chair[3]". Qu'est-il donc arrivé à Elisabeth, et à toutes ces femmes diagnostiquées hystériques ou schizophrènes que l'on a préféré enfermer ? Ce n'est que par un travail d'enquête qu'il semble pouvoir être possible de mettre fin à la hantise.
3. Des femmes qui dérangent, qui débordent, qu'il faut recadrer
Quand des femmes comme la chercheuse Adèle Yon, la journaliste Pauline Chanu ou encore l'historienne Yannick Ripa commencent à creuser le sujet, elles se rendent vite compte que celles qu'on dit folles, qu'on diagnostique hystériques et malades, comme Elisabeth, sont en réalité des femmes qui dérangent, qui sont "trop". "Trop", c'est-à-dire trop brillantes, éprises de liberté, rebelles, sensuelles, colériques, exubérantes, vaniteuses, jalouses, ... Là sont les symptômes de la folie féminine (PC,246). " 'Tu es trop', moi aussi j'ai entendu ça" dit Adèle Yon🔗, tout comme de nombreuses femmes de sa famille, génération après génération. Ce sont des femmes qui refusent le "devoir conjugal", qui "font mal la vaisselle, ne s’intéressent pas à la cuisine et au ménage, refusent les relations sexuelles avec leur mari" (PC, 69). Des femmes passées trente ans qui n'ont ni mari ni enfant. Des femmes qui séduisent les hommes sans s'offrir à eux (des "allumeuses"), qui ne savent pas aimer correctement (PC,216-217). Des femmes émotives et pleines d'ardeur, d'ambition. Bref, ce sont des femmes qui ne correspondent pas à la norme sociale, à ce qui est attendu d'elles en tant que femmes, c'est-à-dire en tant qu'épouse et mère. Elles débordent du cadre assigné. Il faut alors contenir à tout prix leurs débordements, les recadrer.
L'essai de Pauline Chanu regorge de cas de femmes connues et ordinaires qui dérangent, qui débordent et qui ont par conséquent été silenciées, enfermées à l’asile : la philosophe anglaise et féministe Mary Wollstonecraft, la mère de Mary Shelley (tiens tiens..), la révolutionnaire française Théoroigne de Méricourt, la mathématicienne Ada Lovelace, la pianiste Hersilie Rouy, la médecin Madeleine Pelletier, les artistes Camille Claudel, Niki de St Phalle, Leonora Carrington mais aussi les écrivaines Louise Michel, Virginia Woolf, Zelda Fitzgerald, Anne Sexton, Silvia Plath ou plus près de nous l'actrice Marilyn Monroe, Rosemary Kennedy, soeur de J.F.K. et la chanteuse Britney Spears.

Dans la correspondance d'Elisabeth avec son mari André, qu'Adèle Yon a pu analyser, elle la découvre sous un autre jour. Elle émerge non pas comme une folle dangereuse mais plutôt comme une jeune femme intellectuellement brillante, rebelle, hypersensible, exhubérante. Un profil quelque peu dérangeant dans un milieu bourgeois catholique rigide et auprès d'un mari autoritaire, obsédé par "une vocation de sainteté". "Les raisons de l’hospitalisation de Betsy ? "Les colères à l’égard du mari, Intolérance aux contraintes, Irritabilité, Troubles caractériels, Réactions impulsives" (AY,255-256).
Aujourd'hui encore, certaines femmes souffrent du même diagnostic, ou plutôt du même jugement moral de leur personnalité (PC,127). Si l'hystérie ne fait plus partie des classifications médicales, elle a en réalité été remplacée par les termes de "personnalité histrionique", de "troubles borderline" ou encore de "bipolarité". Ce sont des femmes qui de la même façon sont jugées trop "intenses", "théâtrales" (des "drama queen") avec des réactions "inappropriées", qui n'acceptent pas le cadre, qui refusent les règles, bref qui sont "chiantes" (oui oui)🔗. D'ailleurs, il y aurait un "style", un "type" border disent les "spécialistes", un type qui comme par hasard ne correspond pas à la norme du genre féminin (PC,90).
4. Les femmes hystériques sont les sorcières d'hier
Pauline Chanu note des similarités entre le portrait dressé des hystériques du XIXe et XXe siècles, et celui des "sorcières" à l'époque moderne. Le célèbre Professeur Charcot, neurologue, qui étudie les hystériques internées à La Salpêtrière à Paris, fait déjà le lien : selon lui, les "possédées" (terme utilisé pour qualifier les femmes hystériques à l'époque) d'hier sont celles qu'on aurait brûlées deux siècles auparavant.
Tout comme les sorcières, les hystériques sont décrites comme des manipulatrices, des comédiennes, des menteuses. Elles présenteraient aussi des zones d'insensibilité sur leur corps : la même technique qu'au temps de la chasse aux sorcières - enfoncer une aiguille dans le corps - est alors utilisée pour confirmer le diagnostic (PC,157). Si les sorcières sont, elles, possédées par le démon, les hystériques, elles, le sont par la folie, la maladie mentale. Toutes sont dangereuses. Le Malleus Maleficarum, le traité de démonologie publié en 1486 par les inquisiteurs Henri Institoris et Jacques Sprenger (qui explique comment débusquer les sorcières) préconise de se méfier de leur comportement nécessairement trompeur. Ce sont des femmes qui chercheraient en effet à manipuler leurs interlocuteurs, soit par la séduction, le flirt, soit en simulant leurs larmes et leurs douleurs (PC,157). “L’”histrionisme” ou “trouble de la personnalité histrionique”, qui a aujourd’hui remplacé l’hystérie dans les classifications médicales, vient du latin “histrio”, qui signifie “comédien” ou plutôt “mauvais comédien” (...) ou “charlatan” (...) Ainsi, la personne diagnostiquée histrionique est elle aussi soupçonner de simuler ses symptômes et de se jouer des médecins" (PC,156).
Le cinéma a cristalisé cette vision masculine de la femme dangereuse dans la figure de la "vamp" (abbréviation de vampire) : un personnage de femme fatale, souvent perverse et sans scrupules, une prédatrice, ensorcelée et ensorceleuse. Un des premiers personnages de vamp est Irma Vep (anagramme de vampire), interprété en 1915 par l'actrice Musidora (Jeanne Roques de son vrai nom) dans un film à épisodes Les Vampires produit par Gaumont. "La vamp reproduit tous les “symptômes” et la théâtralité de l’hystérique" observe l'autrice et critique de cinéma Hélène Frappat, "son corps de prédatrice sexuelle se tord dans des convulsions lascives, elle roule des yeux hypnotiques, elle use de sa longue chevelure noire de sorcière dans ses jeux de séduction diaboliques[4]". La vamp évolue dans des récits où elle finit souvent par être punie ou domestiquée. Un trope profondément misogyne.

5. L'hystérie, miroir de la peur des hommes
Si les femmes diagnostiquées "hystériques" ou "schizophrènes" sont internées au XIXe et au XXe siècles, c'est officiellement pour les protéger d'elle-mêmes, mais c'est surtout parce que la société a peur de ces femmes incontrôlables (PC,75), et en l'espèce les hommes.
Elisabeth avait prévenu son mari André dans leur correspondance : “ Je n’ai malheureusement rien de la jeune fille douce et suave. Je vous obéirai toujours mais j’ai besoin de beaucoup de liberté, plus que la plupart des autres jeunes filles” (PC,85). C'était apparemment trop demandé. Lorsque les femmes d'artistes ont le malheur de développer leurs compétences et leur génie, elles font trop d'ombre à leur mari. “L'hystérie est l’extincteur que brandissent des hommes menacés par des femmes en feu dont le talent déborde et menace d’engloutir le leur” (PC,288). Dans la famille d'Adèle Yon, c'est le spectre de Betsy qui permet de brider les jeunes femmes de la famille.
6. Les femmes, et leur utérus, doivent être contrôlés
Pourquoi les femmes seraient-elles plus facilement perméables au démon ou à la folie ? Parce qu'elles ont un utérus askip.
Pour les médecins de l'Antiquité, les femmes sont par nature froides et humides (c'est leur utérus qui produit cette humeur), elles ont besoin d'être réchauffées par la semence chaude des hommes. L'utérus est considéré comme un animal qui a l'appétit de faire des enfants permettant l'équilibre. Si cet appétit n'est pas honoré - c'est-à-dire en l'absence d'enfantement - l'utérus s'impatiente et se fâche. Dans un utérus vide, privée de semence masculine, son humeur froide et morbide croupit. Comme il régit tout le reste du corps de la femme, l'utérus devient alors la source d'un détraquement général, entraînant la folie, la maladie voire... la mort (PC,36). L'hystérie, qui vient du mot “utérus” (hystera), n'est autre que l'expression de cette fureur contrariée. Avant l'emploi du terme d'hystérie, on parlait d'ailleurs de "fureur de la matrice" ou de "suffocation de la matrice"🔗. Toutes les femmes sont donc des hystériques en puissance🔗.
Les femmes sont donc des individus fragiles, "malsains, c’est-à-dire sujettes aux maladies🔗", à cause de leur utérus (ce qui permet de conclure qu'elles sont inférieures aux hommes, par nature). Parmi les femmes les plus vulnérables, qui peuvent basculer dans l'hystérie, se trouvent les adolescentes vierges, les femmes célibataires, stériles, ménopausées (PC,31).
Pour les sauver ou les préserver, elles doivent donc faire l'objet d'une surveillance et d'un contrôle réguliers tout au long de leur vie par leur père, leur mari et leur médecin (PC,37). Ces derniers veillent à ce qu'elles restent "sur le droit et étroit chemin de la sexualité hétérosexuelles et reproductive” (PC,52), seul rempart face à l'emballement morbide de leur utérus. L'arrière grand-mère d'Adèle Yon, Elisabeth, se voit imposée, par le corps médical et son mari, cinq grossesses (et donc au moins cinq viols) pour améliorer son état..(AY,169-170). Les femmes doivent êtres alors confinées à la sphère domestique, et cesser toute activité intellectuelle ou artistique pour se maintenir en bonne santé (PC,284)... de quoi "les rendre définitivement folles" (PC,282).

7. L'hystérie a pour fonction de disqualifier la parole des femmes
Disons-le maintenant : “l’hystérie, en tant que maladie, n’existe pas et n’a jamais existé" (PC,15). L'hystérie n'est pas une maladie, c'est un outil de contrôle. Adèle Yon rappelle souvent dans les médias où elle est invitée que le sujet de son livre n'est pas la santé mentale des femmes "mais plutôt l’histoire d’une femme dont on a dit à tort qu’elle avait une maladie mentale🔗".
A propos, il n'est “jamais question de soigner les patientes, de réduire leurs souffrances, de répondre à leurs inquiétudes” (PC, 210) dans la prise en charge médicale de l'hystérie. Le diagnostic d'hystérie permet en réalité d'enfermer les femmes, de s'en débarrasser. "Elle est mise là car elle ne peut pas être mise ailleurs" (AY,302) explique Adèle Yon à propos de son arrière-grand-mère. Si celle-ci sort de l'hôpital psychiatrique après dix-sept ans d'internement, ce n'est pas parce qu'elle est enfin considérée comme "guérie", c'est un simple concours de circonstance, lié à une réforme du de l'institution psychiatrique et du secteur hospitalier (AY,301).
Pourquoi ces femmes sont mises à l'écart ? Leur parole s'avère absurde, dérangeante et dangereuse. Ce que disent les femmes n'est pas acceptable, à savoir leurs revendications, leurs désirs, leurs ambitions, leurs souffrances... L'hystérie a une fonction de silenciation. La voix des femmes est à ce sujet un élément central dans le diagnostic de l'hystérie (PC,264). Si cette voix est forte, rapide, véhémente, emprunte de colère - ou que d'autres qualifieront d''indiscrète' ou d''obscène', de 'logorrhéé' ou de "vocifération'" (PC,264) - c'est là le signe d'une pathologie hystérique. Pour les médecins de l'Antiquité, il y a, chez les femmes, une corrélation entre l'utérus et la bouche. La bouche de la femme lui permet d'exprimer ce qu'il y en a en elle, et ce qu'il y a chez les hystériques, en elles, c'est la fureur de leur matrice !
Avec l'hystérie, la parole des femmes est dévalorisée, elle ne peut pas être prise au sérieux.
8. “Les maris, les pères, les frères et les médecins sont complices”
Le rôle de la famille est central dans le choix de l'internement ou/et de la lobotomie. En France, la loi de 1838 dit "des aliénés" oblige chaque département à créer un asile, où peut être interné n'importe quel individu à la demande d'un tiers. C'est une aubaine pour se débarrasser d'individus féminins qui dérangent. Entre 1839 et 1844, 80% des internements féminins à la Salpêtrière émanent d’un homme, d'un mari, d'un père ou autre membre masculin de la famille, ou encore d'un patron.
Les éléments retrouvés dans des archives psychiatriques par Adèle Yon laissent suggérer que le mari d'Elisabeth, André, aurait pu la faire interner pour s'en débarrasser. Lui “qui ne support[ait] plus son instabilité, ses épisodes de manie et de dépression”, ses "crises de colère" (AY, 82). Le médecin qui atteste et confirme les dires et les recommandations d'André n'a pourtant jamais vu Elisabeth en consultation... Idem pour la lobotomie : certaines femmes, pourtant sans antécédent médical, se retrouvent sur la table d'opération suite aux plaintes de leur mari / frère / père qui évoquent de récents symptômes ou comportements suspects (AY,282).
9. L'hystérie permet d'invisibiliser les violences sexuelles et sexistes
Parmi ce que les femmes "tentent de dénoncer, [il y a] l’injustice, la violence, le traumatisme, la douleur”. Ce dont Pauline Chanu et Adèle Yon s'aperçoivent, c'est que la très grande majorité des femmes diagnostiquées hystériques, internées, lobotomisées ont été victimes dans leur histoire de violences sexuelles ou de traumatismes liés à la sexualité (PC,85,205 ; AY,282). Toutes les femmes internées à la Salpêtrière, à l'époque de Charcot, décrivent des viols et des violences de la part d'hommes dans leur entourage (PC,205). Mais "jamais le mot viol n'est prononcé une seule fois [dans les dossiers des patientes], le mot imagination lui y apparaît une centaine de fois🔗". Adèle Yon a découvert que son arrière-grand-mère Elisabeth a non seulement subi des viols de la part de son mari lors de son internement à l'hôpital psychiatrique mais elle a également été victime plus jeune d'un père "exhibitionniste" (AY,351), "totalement impudique et intrusif" (AY,354) au comportement de harceleur. A la fin de sa vie, après sa sortie de l'hôpital, Elisabeth accusera un de ses petits-fils de la "regarder nue à travers les murs"..
Un homme s'est pourtant intéressé au contenu du récit des patientes. Cet homme, c'est Sigmund Freud, admirateur de Charcot, qu'il considère comme un maître à penser (PC,220) qui lui ne s'intéressait qu'aux symptômes physiques de ces femmes. Freud fait très vite le lien entre leur état de santé, les symptômes de la folie et les abus sexuels et tentatives de viol dans leur passé. La "névrose hystérique" est selon lui l'expression d'un "traumatisme qui continue d’agir dans la psyché et le corps" (PC,223). Il esquisse là les prémisses de sa théorie de l'inconscient. Mais il finit par se raviser... Les cas sont tellement nombreux et majoritaires que cela lui semble tout bonnement impossible qu'autant de femmes aient été violentées, violées par des hommes de leurs familles..🔗. Ou bien, il craint également les conséquences de mettre un peu trop les pieds dans le plat (le plat étant le système patriarcal) - "la majorité de ses patientes violées dans leur leur enfance l’ont été par leur père : ses propres confrères, ses pairs, ceux qui assistent à ses conférences et lui envoient leurs enfants pour qu’il les guérisse" (PC,223).

Freud modifie donc sa théorie : ce qui est à l'oeuvre chez ces femmes "hystériques", ce n'est pas "un traumatisme réel mais un fantasme refoulé". "Par ces quelques mots, le père de la psychanalyse condamne les victimes d’abus sexuels à ne pas être cru.es” (PC,225). “C’est ainsi que le concept psychanalytique d’hystérie a renforcé un préjugé millénaire. "Etre une femme, c’est être une fable" (citation d'Hélène Frappat) (PC,225).
Les symptômes associés au trouble hystérique "viennent masquer le vécu de violences sexuelles et d’inceste chez les patient.es" (PC,99), ils sont "considérés comme le symptôme d’une pathologie et non comme une réponse “normale” au traumatisme" (PC,100). Aujourd'hui encore, la psychiatrie en France est encore très imprégnée par la psychanalyse et n'explore pas la piste du trauma réel🔗 (my two cents : et même s'il y a réellement fantasme, ça ne veut pas dire qu'il n'y pas de trauma réel, l'un n'empêche pas l'autre, au contraire, la présence du fantasme est peut-être surtout un signe de l'existence d'un trauma réel). Pour la psychologue britannique Jessica Taylor[5], le diagnostic de trouble de la personnalité borderline (TPB), largement posé chez les femmes, est une nouvelle manière de nier les violences traumatiques. La grande majorité des patientes diagnostiquées avait subi une violence sexuelle dans son parcours. Elle appelle tout simplement à supprimer cette catégorie🔗.
10. Quand la voix est confisquée, c'est le corps qui parle : "ce qui ne peut pas être dit, ne peut pas se taire"
Les symptômes physiques observés chez les femmes diagnostiquées hystériques ne seraient donc pas tant l'expression d'une pathologie que d'un traumatisme. Les zones d'insensibilité présentes sur le corps de ces femmes, comme sur celui des sorcières, n'est pas le signe de la marque du démon, mais du stress post-traumatique🔗.
Attention : il ne s'agit pas de dire que les troubles pathologiques mentaux n'existent pas, mais que souvent, et en particulier chez les femmes, ils ont été diagnostiqués à tort ou mal diagnostiqués, car les pathologies traumatiques héritées du passé ne sont pas reconnues par la psychiatrie[6].
Face à la violence du traumatisme, à l'indicible ou à l'absence d'écoute et de considération de la parole, le corps utilise d'autres moyens que la voix pour s'exprimer. Et parfois, "[c]es personnes ne peuvent [le] dire autrement que par le délire". Et parfois avec une autre voix, littéralement. Hallucinations, multiples identités... “lorsque nous ne pouvons pas parler, lorsque notre parole a été arrêtée, confisquée, se dissocier peut apparaître comme le seul moyen de creuser une brèche dans un mur de silence. Pour qu’un.e autre parle à notre place. Car 'ce qu’on ne peut pas dire, on ne peut pas le taire[7]'.”

Le corps qui parle, c'est aussi à travers les générations. Une des cousines d'Adèle Yon lui confie avoir consulté une kinésiologue avant la naissance de sa fille. Un.e kinésiologue utilise une approche psycho-corporelle. Iel cherche à identifier des tensions, blocages, souffrances liées aux émotions en étudiant la capacité de mouvement et la tonicité musculaire de l'individu. Des souffrances qui peuvent être parfois transmises par des ancêtres de la famille : on parle alors de traumatisme transgénérationnel. La cousine d'Adèle Yon lui dit que la kinésiologue "avait nettoyé une lignée maternelle extrêmement abîmée et violente" (AY,168), "il y a une violence tellement inouïe. (…) quelque chose de très fort qui s’est passé au niveau de son corps" (AY,170), celui de leur arrière-grand-mère Elisabeth.
On en revient en effet au thème de la hantise. Dans son livre Le Complexe de la sorcière, Isabelle Sorente évoque son intérêt pour la psychogénéalogie et le travail de la psychothérapeute Anne Ancelin : “le principe de base de la psychogénéalogie, c’est que nos parents nous transmettent sans le savoir une “chose” qu’eux-mêmes ignorent avoir héritée de leurs parents, qui eux-mêmes ignorent en avoir hérité (...) en général (...) la “chose” fait peur. Très peur. Il y a des cauchemars, des angoisses, des maladies, même des accidents inexpliqués[10]."
11. L'hystérie retire aux femmes toute agentivité et dépolitise leurs revendications
Qu'elles subissent "la volonté du diable ou de l’action de la maladie", "ces femmes sont présentées comme des réceptacles passifs (...) aussi victimes que coupables, elles ne sont toutefois jamais agentes" (PC,184).
Tout comme les suffragettes au début du XXe siècle, victimes d'"hystérie collective", certaines femmes en Iran sont aujourd'hui envoyées en hôpital psychiatrique (PC,274). Leurs actions protestataires ne sont pas considérées comme des actes de résistance politique mais comme des symptômes pathologiques. Sinon, ce serait reconnaître leur statut de citoyen pensant (PC,249). Quand une femme est en colère, cela ne peut pas être pris au sérieux, elles sont victimes de leurs émotions, de leur humeur irrationnelles.
“Cette pathologisation de la résistance politique" touche également d'autres individus considérés comme inférieurs. La fugue des esclaves - le marronnage -, [dans les colonies esclavagistes sucrières] n’est pas comprise comme un acte de désobéissance et de rébellion, mais comme le symptôme d’une pathologie : la drapétomanie. En 1850, la Société médicale de l’Etat de Louisiane publie une étude qui explique que la fugue est une des caractéristiques psychopathologiques de la “race noire”. Selon le médecin états-unien Samuel Cartwright, la fuite des marrons s’apparente à un mouvement involontaire, irrépressible, qui peut être atténué par le dur labeur et les coups de fouet. Selon la philosophe Elsa Dorlin, cette pathologisation permet de justifier l’enfermement des fugitifs et fugitives et le fait de les enchaîner, sous prétexte de les empêcher de se faire du mal. Ces esclaves sont dépossédé.es de la moindre agentivité" (PC, 246).

Les conséquences, on les voit encore aujourd'hui pour les femmes, notamment dans le domaine de la santé. Les gynécologues apprennent toujours ce qu’est la “névrose hystérique” au cours de leur formation (PC,219). Lorsque ces dernières expriment des douleurs, signalent des symptômes, elles ne sont pas prises au sérieux ("Vous avez mal lors de vos règles ? Mais c'est normal !"). Leur parole est discréditée, considérée comme exagérée voire mensongère (et si en plus vous êtes d'origine arabe ou africaine, alors là c'est la double peine, voir le syndrome méditerranéen). Les symptômes sont souvent qualifiés de "psychosomatiques" et elles sont renvoyées chez elle avec des anxiolytiques🔗. En attendant, le vrai diagnostic (endométriose, épilepsie, maladies cardiovasculaires...) est différé au détriment de leur santé.
Idem dans le domaine de la justice, où les experts mobilisés s’appuient souvent sur des réflexions psychanalytiques (PC,219) : "Nombre de femmes aujourd’hui ne sont pas crues par la justice parce qu’un expert a posé en trente minutes un diagnostic de trouble de la personnalité, ou émis l’idée qu’elles théâtralisaient, surjouaient, et qu’il ne fallait pas croire le récit des violences qu’elles avaient subies ou de la manière dont elle avait compris que leurs enfants étaient victimes d’inceste. Le problème vient de ce que ces experts ne sont pas formés aux violences intrafamiliales et interprètent comme de l’hystérie des symptômes de stress post-traumatique🔗".

Et les hommes violents l'ont bien compris. Le gashlighting, c'est une de leurs stratégies dans un ensemble nommé "contrôle coercitif", un terme qui englobe, selon la sociologue Evan Stark[12] la violence domestique dans un schéma plus vaste d’isolement, d’intimidation et de contrôle[13].
12. L'hystérie, un argument pour justifier la violence envers les femmes
L'hystérie des femmes reste en effet aujourd'hui "le principal argument convoqué par les agresseurs pour justifier [leur] violence physique" (PC,122). Face à la folie destructrice des femmes, dangereuse pour les autres et pour elle-même, les hommes n'ont pas eu d'autre choix que d'agir, que de faire usage de la force pour les calmer et écarter le danger. C'est une stratégie partagée par tous les hommes coupables de violences conjugales et de féminicides. Le mari de Paula dans le film Gaslight de George Cukor sorti en 1944, Bertrand Cantat dans les années 2000 après l'assassinat de Marie Trintignant, les prévenus dans ledocumentaire "Je vais te tuer" réalisée en 2025 par Karine Dusfour... tous inversent les rôles et les responsabilités et font croire qu’il sont injustement attaqués, que leur victime est le véritable aggresseur[14]. Il n'en faut malheureusement pas beaucoup pour convaincre qu'une femme est hystérique, "bien souvent, il suffit de trois fois rien pour fabriquer une image de folle furieuse, de harpie qui sort ses griffes” (PC,122).
Pour la journaliste Pauline Chanu, l'hystérie est donc loin d'être un "catégorie morte" (PC,20). Elle a même de beaux jours devant elle : "moins les violences conjugales, médicales et psychologiques, moins les agressions sexuelles, l’inceste et les “crimes passionnels” seront tolérés, plus les agresseurs recourront à la stratégie de l’hystérisation et de la pathologisation pour recouvrir la violence. Notre prétendue hystérie ne dit rien d’autre que leur peur d’être découverts” (PC,354).
13. La lobotomie, un outil de reprogrammation sociale des femmes
Expérimentée la première fois en 1935, par le neurologue portugais Egas Moniz, la lobotomie est l'arme ultime pour contrôler les femmes. Sur les 1340 personnes lobotomisées en France, en Suisse, en Belgique entre 1935 et 1985, 84% des personnes sont des femmes (PC,83). La lobotomie (tout comme l'internement) n'a pas de visée thérapeutique : la lobotomie ne cherche pas à guérir mais à réduire voire à supprimer les effets de la pseudo-maladie mentale de la patiente. Au début, les médecins pensent pouvoir extraire la folie comme on retire une tumeur. La lobotomie est alors envisagée “comme un outil d’exploration de l’origine organique de la maladie mentale" (AY, 218). Mais dès les années 1950, les médecins qui pratiquent l'opération reconnaissent eux-mêmes que la lobotomie ne permet pas d'identifier la source et donc la cause de la maladie mentale (AY,218). Ce que permet la lobotomie, c'est simplement de "réduire l’apparition d’émotions négatives comme la colère ou l'angoisse (...) les comportements obsessionnels et inconvenants" (AY,219).
La lobotomie sert donc à domestiquer les femmes pour en re-faire des épouses modèles, atones, dociles, selon des critères sexistes et misogynes, afin qu'elles puissent réintégrer leur foyer. La procédure de la lobotomie “n’a pas une fonction thérapeutique mais une fonction sociale” (AY,220). Pour preuve, la réussite de la procédure est acquise "si la patiente se montre 'plus docile'" (PC,81), ce que certains praticiens de la lobotomie, comme le psychiatre Walter Freeman, attestent avec la prise de photographies avant et après l'intervention. Avant, les "patient.es [ont] l’air sombre, préoccupé.es, cerné.es, les cheveux en bataille". Après, elles "ont certes l’air plus apaisé, mais leur regard a tout simplement disparu" (PC,82).
Les conséquences de l'opération sont en effet terribles. Les patientes en ressortent apathiques, abêties (AY,221), étrangères à elles-mêmes mais les praticiens n'y voient aucun problème ! Ce qui importe, c'est que ces femmes soient capables "[d']évoluer dans un milieu sans en troubler l’ordre" (AY,221), d'être "conforme aux exigences de la communauté sociale" (AY,221). Ce sont donc des vies qui n'ont pour seule valeur que de fournir un travail domestique et reproductif utile à la société[15].
Egas Moniz a reçu pour ses travaux sur la lobotomie le prix Nobel de médecine en 1949.

Pour prendre en charge un maximum de patientes, l'Américain Walter Freeman sillone le pays à bord de sa “lobotomobile” (PC,82). Le neurochirurgien Marcel David utilise le même mode opératoire en France (AY,239). "Des hommes mobiles qui immobilisent des femmes dont l’erreur est précisément de ne pas savoir rester en place" (AY,239).
"La lobotomie agit comme une punition, un châtiment" (PC,81), elle permet de “reprogrammer” les individus déviants. La lobotomie est "l’étape ultime d’un processus de négation de l’autre" (AY,282). Elle est l'outil d'une "violence suprême", celle de "s'arroger le droit sur le corps de l'autre, de le contrôler, de le dominer, de décider pour quelqu'un d'autre🔗". Un processus qui dépossède les femmes de toute agentivité jusqu'à leur quasi-disparition.
14. La colère des femmes en héritage
La colère d'Adèle Yon explose lorsqu'elle reconstitue l'énigme que pose son arrière-grand-mère. Quand elle découvre les raisons de l'hospitalisation d'Elisabeth, sa souffrance, l'abandon, le mépris, l'oubli, la violence. Quand elle réalise qu'elle aurait pu être à sa place.
Une colère face au déni, au silence, celui des membres de sa famille mais aussi celui des archives.
Cette colère lui rappelle celle ressentie pendant toute son adolescence, dans ses rêves : "Certaines nuits, en rêve, je suis furieuse, enragée. Je suis réveillée par l’éclatement de la rage dans ma poitrine, par l’écho de mes insultes" (AY, 258). Elle se demande alors si son plaisir à découper la viande (dans son activité de cheffe cuisinière) est une manière de se mettre à la place de son arrière grand-mère "charcutée" ou/et de celle de ses bourreaux🔗.
Adèle Yon comprend qu'elle n'hérite pas de la pseudo maladie mentale de son arrière grand-mère mais de sa colère🔗.
Une colère symbolisée par le feu :
- celle d'Adèle Yon : "Le sentiment qui naît au milieu de ma colère, qui souffle sur son brasier jusqu’à me faire sortir les flammes de la bouche et des narines, c’est la rage" (AY, 259).
- celle d'Elisabeth : la veille de son mariage avec André, elle brûle le château (tout comme la captive Mrs Rochester dans Jane Eyre, comme Mrs de Winter dans Rebecca...) dans lequel elle était réfugiée en oubliant un fer à repasser sur sa robe de mariée, un fer à repasser qui se glisse dans les rêves et les souvenirs d'Adèle, symbole de la colère héritée de sa grand-mère (AY,371).

15. L'enquête comme porte de sortie
Pour les psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok, "ce qui nous hante, c’est le manque, l’oubli. Quelque chose à quoi il faut redonner chair[16]". C'est précisément ce qu'a réussi à faire Adèle Yon avec son enquête. Elle lui a "rend[u] une place, un nom, une vie🔗" : "Mon vrai nom est Elisabeth" et non pas Betsy, la vieille folle de la famille. "Tu la fais revivre" lui dit sa grand-mère. Plutôt que lui rendre justice, ce qui lui importe c'est avant tout de la faire exister (AY,61).
L'enquête apparaît ainsi libératrice pour Adèle Yon, qui se déleste de ses angoisses vis-à-vis de la schizophrénie, se réconcilie avec son arrière-grand-mère qui devient une figure tutélaire, et dont Adèle Yon revendique (reclaim) l'héritage🔗.
Les explorations de l'histoire familiale sous le mode de l'enquête est également pour Pauline Chanu le moyen pour "sortir de la maison hantée". Nombreuses sont les femmes qui ont leurs propres fantômes dans leur famille. C'est aussi le moyen pour se rendre compte de la mécanique, du processus qui font disparaître ces femmes - "car l’hystérie ne tombe pas du ciel et pour qu’il y ait hystérisation, il faut d’abord des hystériseurs” (PC,20-21) - et de retrouver une capacité d'action.
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Notes de bas de page
PC = Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée. Comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes, Paris, La Découverte, 2025.
AY = Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth, Paris, Du Sous-sol, 2025.
[1] Philippe Baudouin, Apparitions. Les archives de la France hantée, Paris, Hoebeke, 2021, p.41.
[2] Nicolas Abrahm et Maria Torok, L’Ecorce et le Noyau, Paris, Flammarion, 1978, p427, cité par Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée, p. 233.
[3] Philippe Baudouin, Apparitions. Les archives de la France hantée, Ibid., p.41-42.
[4] Hélène Frappat, Le Gaslighting ou l'art de faire taire les femmes, Paris, L'Observatoire, 2021, p.213.
[5] Jessica Taylor, Sexy But Psycho: How The Patriarchy Uses Women’s Trauma Against Them, Constable, 2022.
[6] Mathieu Bellahsen, Abolir la contention, Libertalia, 2023, cité par Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée, pp. 336-337.
[7] Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, Histoire et trauma, La folie des guerres, Paris, Stock, 2006, cité par Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée, pp. 332.
[8] Mathieu Bellahsen, Abolir la contention, Libertalia, 2023, cité par Pauline Chanu, Sortir de la maison hantée, pp. 336-337.
[9] Alix Edwiges, "Manman Dlo", GAZE Magazine n°10, Novembre 2025, pp. 30-37.
[10] Isabelle Sorente, Le Complexe de la Sorcière, Lattès, 2020, p. 47.
[11] Hélène Frappat, Le Gaslighting ou l'art de faire taire les femmes, Ibid., p.211.
[12] Evan Stark, Coercitive Control: How Men Entrap Women in Personal Life (Interpersonal Violence), Oxford University Press, 2007,
[13] Hélène Frappat, Le Gaslighting ou l'art de faire taire les femmes, Ibid., p.51.
[14] [14] Ibid., p.42.
[15] Voir Silvia Federici, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Entremonde, 2017.
[16] Philippe Baudouin, Apparitions. Les archives de la France hantée, Ibid., p.41-42.